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Dimanche 24 février 2008 7 24 /02 /Fév /2008 18:24
Jean-Antoine de BAÏF (1532-1589)


De Rose
 
Ce n'est point la paquerete,
La marguerite, le lis,
L'oeillet ny la violete,
La fleur où mon coeur j'ay mis.
J'aime entre les fleurs la rose,
Car elle porte le nom
D'une qui mon ame a close
A toute autre affection.
La rose entre les fleurétes
Gagne l'honeur et le pris :
Parféte entre les parfétes
Est la Rose qui m'a pris.
L'autre rose l'on voit nestre,
Comme fille du printems,
Mais un printems prend son estre
De cette Rose en tout tems.
La mienne, où queue se place
Cent mille fleurs fèt lever,
Et, fust-ce dessus la glace,
Fêt un aeté de l'yver.
Cette Rose tant émée
Comme l'autre ne sera,
Qui de matin estimée
Au soir se destimera.
Car l'autre rose fanie
Pourra perdre sa vigueur :
Tousjours la mienne épanie
Florira dedans mon coeur.
Amour de douce rosée
Cette Rose arousera
Quand ma compagne épousée
De maîtresse il la fera.

Quand le pilot voit le nord luire ès cieux...
Quand le pilot voit le nord luire ès cieux,
La calme mer ronfler sous la carène,
Un doux zéphyr soufrer la voile pleine,
Il vogue, enflant son coeur audacieux.
Le même aussi, quand le ciel pluvieux
Des vents félons meut l'orageuse haleine,
Qui bat les flancs de sa nef incertaine,
Humble, tapit sous la merci des dieux.
Amour ainsi d'une assurance fière
Haussa mon coeur, tandis que la lumière
De tes doux yeux me pouvait éclairer;
Las ! aujourd'hui que je te perds de vue
Quelle âme vit d'amour plus éperdue
Quand fors la mort ne puis rien espérer ?

Viens, mort, à mon secours ...
Viens, mort, à mon secours viens ;
Ô mort, secours, je t'en prie.
- Je t'oy, je viens, que veux-tu ?
- Ô mort, je suis tout en feu ;
J'attends de toi guérison.
- Et qui t'a mis tout en feu ?
- L'enfant qui porte brandon.
- Que puis-je faire pour toi ?
- Fais-moi mourir je t'en prie.
- Mourir te fais tous les jours.
- Non, fais que j'aie senti.
- Amant, demande à ton coeur.
- Mon coeur, serais-tu bien mort
- Mort aussitôt, soudain vif.
- Ô pauvre coeur, que dis-tu ?
L'humain qui meurt renaît-il?
- Moi seul je nais étant mort,
Ainsi que fait le phénix
Dedans le feu renaissant.

Publié dans : Petite anthologie de poésie amoureuse - Par enyleve94250
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Dimanche 24 février 2008 7 24 /02 /Fév /2008 18:00
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Les mots...

 


C'est une de mes passions.
En user, en abuser,
en jouer, les détourner,
en inventer...
Sauver les mots qui meurent,
ceux qui disparaissent,
les mots perdus,
les mots oubliés,
les mots égarés,
ceux qu'on cherche,
ceux qu'on devine,
dissimulés,
les mots désuets qui ressemblent à des jouets cassés,
fanés,
oubliés dans un coin et retrouvés avec la nostalgie
d'une enfance trop vite passée.
Les mots galvaudés,
ceux qui pansent ou qui blessent.
Les mots naissent, éphémères,
et disparaissent...
Sensuels, fragiles,
malhabiles ou gracieux,
ils ne sont jamais futiles,
qu'ils soient grotesques,
cocasses,
étranges
ou dérisoires,
les mots ont une histoire,
et c'est la nôtre.
N'en soyons pas oublieux.

 

VOICI DONC UN PETIT TEXTE...
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FRIOLERIE

 

Non, il ne s'agit pas d'un vain vertigo, mais de mon amour pour ces mots, que je vous livre ainsi...
Mon âme s'abeausit à la redécouverte des mots tombés en défortune.
Notre oreille moderne, aroutinée au cailletage des tartouilleurs a oublié ces mots nicets de notre passé.
Ces mots désestimés, qui, sans turlupinade, révèlent la sapience de nos anciens qu'ils rappellent à notre remembrance.
S'ils sont friolerie pour le glossographe qui d'un ragoulement salue leur consonance, ils tombent aujourd'hui dans mon oreille en fraîches cascatelles, sonnantes, ponctuées de chacunières plaisantes.
Et reviennent les cocagnes au souvenir d'assonances loin d'être concolones.
Et c'est avec une camuse friolerie, moi aussi, que je vous livre ceux-ci, immarcescibles et icastiques.
N'y voyez pas de volonté cataglottisque mais une improvisade, en espérant ne pas passer pour bégaude ni entamer votre équanimité par ce qui vous paraîtra peut-être ripopée composée de brimborions.
Pardonnez-moi donc ce tortillage, cette amusette billebaude et ne me pointillez point, car c'est de maintes accroches que j'ai prosaillé pour vous ce soir.
Donc, point de logomachie, et nous resterons bons amis."

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© Aubépine - 1985-2004

 


Publié dans : Poésie - Par enyleve94250
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